![]() BORIS CHRISTOFF Basse noble/ Lyric bass |
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(Né le 18/5/1914 à Plovdiv, Bulgarie - Disparu le 28/6/1993 à Rome)Son père, Kiril Christoff, était un chanteur amateur spécialisé dans le répertoire floklorique de sa macédoine natale. Sa mère, Raina Teodorovna Ivanov, d'origine Russe, lui a donné dès sa plus tendre enfance toute une éducation à la langue et la culture de ce pays. Boris commence à chanter trés jeune, encouragé par un immigré Russe, Konstantin Chernov, qui avait fondé un choeur dans la région. Sa passion pour la musique grandit aprés avoir assisté à des représentations du "Freischutz", de "Carmen", "Madama Butterfly" et..."Boris Godunov". Il annonce l'intention d'en faire son métier, mais ses parents le poussent néanmoins à suivre en parallèle des études régulières. Il va alors en faculté de droit à l'université de Sofia, qu'il quitte en 1939 pour commencer une commencer une carrière de juriste. Son intense activité de choriste ne se relache pas pour autant : il donne "Lohengrin", "Tannhauser" et "Le prince Igor" avec le choeur de la Cathedrale Alexandre Nevsky, et se produit aussi régulièrement avec le trés renommé choeur de Gusla. En 1940, il fait forte impression pour son premier récital en soliste à Sofia. Il doit ensuite effectuer son service militaire (la Bulgarie était neutre au début de la seconde guerre mondiale) et se produit alors régulièrement au cours de concerts militaires, ce qui lui vaudra un engagement pour chanter à la radio Bulgare. Le point de départ de sa carrière aura cependant vraiment lieu le 19 janvier 1942. Ce jour là, il participe avec le Choeur de la chapelle royale à une messe en plein air en présence du Tsar Boris III de Bulgarie, de la Tsarine et du corps diplomatique. A l'issue de la cérémonie, Les chanteurs sont invités au palais, et aprés avoir interprété des choeurs populaires, Boris Christoff donne en soliste la mélodie "Le massacre de Nicéphore" qui impressionne fortement le souverain. Ce dernier le félicite et lui demande quels sont les rôles qu'il prépare : "Aucun Sire", répond Christoff, "je suis juriste et non chanteur". Le Tsar lui répond alors "Et bien, nous avons trop de juristes et pas assez de chanteurs !". Il recevra alors une semaine plus tard une bourse de chant pour aller étudier en Italie. Le 18 mai 1942, jour de son 28ème anniversaire, il part pour Rome. Il auditionne rapidement devant rien moins qu'Aureliano Pertile, Beniamino Gigli et Giuseppe De Luca ! Les biographes sont incertains sur ce point, mais il semble néanmoins que ce soit suite à cette dernière audition (Christoff y a chanté le monologue de Boris) que De Luca décide de le présenter au baryton Riccardo Stracciari. Ce dernier lui fait travailler les grandes pages du répertoire de basse (Mefistofele, Don Basilio, Philippe II, Ramfis, Padre Guardiano, Leporello) jusqu'au 8 septembre 1943, date de la fuite du roi Vittorio Emanuele III aprés l'armistice avec les forces alliées. Christoff est obligé de retourner dans son pays, où il arrivera pour chanter aux obsèques du Tsar et donner plusieurs concerts à Sofia. En 1944, il va perfectionner son répertoire Allemand à Salzbourg, mais suite à la déclaration de guerre de la Bulgarie à l'Allemagne, il est interné dans un camp de prisonniers du Tyrol. Il organisera alors un choeur avec des prisonniers Russes. A sa libération, il reprend le chemin de l'Italie, et ses études avec Stracciari. Ses progrès vocaux ont été spectaculaires et sa voix a évolué au point que Stracciari envisage d'en faire un baryton. De Luca pense néanmoins qu'il est une basse naturelle. Le compromis est trouvé pour ses débuts le 28 décembre 1945 à l'Accademia di Santa Cecilia de Rome, où il chante les adieux de Wotan, Leporello, Boris Godunov et des airs Russes, programme qu'il reprend un mois plus tard, au théâtre Adriano de Rome, sous la direction de Molinari Pradelli. L'année suivante, il est engagé dans une des troupes de théâtre ambulantes (Carri di Tespi) qui sillonnent les petites villes d'Italie. Ses véritables débuts en soliste à la scène ont lieu le 12/5/1946, à Reggio di Calabria, en Colline dans "La Bohème". Sa performance est si phénoménale qu'il doit trisser "vecchia zimarra" ! Ce premier grand succès pouvait paraître encourageant, mais la route ne sera pas facile pour autant. Il retourne à Rome, où il donne 9 représentations en trois mois de la passion selon St Matthieu de Bach, sous la direction d'Otto Klemperer. En juillet, il se rend à Turin pour une "Création" de Haydn radiodiffusée, et le 30 du même mois, il se produit en Cirillo dans "Fedora" de Giordano au Teatro Quirino de Rome. Dans ce même théatre, il est le Pharaon du "Mose in Egitto" de Rossini début Août, puis Raimondo de "Lucia di Lammermoor" (avec Lina Pagliughi) au Teatro Adriano, fin Août. En Septembre, toujours au Teatro Adriano, il redonne Colline, puis suivent une série de concerts. Il termine cette riche année au Teatro Quirino en Rocco de "Fidelio" (le 9 novembre), suivi de deux concerts. Le 7/2/1947, Christoff donne un récital Brahms à l'Accademia di Santa Cecilia, et le lendemain soir fait ses débuts à l'Opéra de Rome en Pimene de "Boris Godunov", rôle pour lequel il reçoit d'excellentes critiques. A la fin de ce mois, il donne la 9eme symphonie de Beethoven au Teatro Massimo de Palerme, puis retourne à Rome pour "Le Messie" de Haendel. En avril, il se rend en Sardaigne pour y chanter Ramfis, le Comte Des Grieux dans "Manon" et Il Cancelliere di Ragusa dans "Madonna Imperia" d'Alfano, à Cagliari. Les critiques de cette tournée ne furent pas transcendantes, mais mirent en valeur son sens musical, sa personnalité, et virent en Christoff plus qu'un simple espoir. Le 4 Juin, il fait ses débuts à la Scala dans le "Deutsches Requiem" de Brahms, aux côtés de Suzanne Danco, et sous la direction de Vittorio Gui. Les critiques furent excellentes. A Pescara, en Juillet, il donne un recital, puis retourne à Rome pour trois concerts. A la fin de l'été il revient en Sardaigne pour Raimondo, Timur et Padre Guardiano au Teatro Giardino de Sassari. Le 10 Septembre, il donne sa première représentation d'opéra à La Scala en Pimène, face au Boris de Tancredi Pasero. La première est retransmise dans toute l'Italie, et pour la première fois, son nom apparait dans tous les journaux du pays, accompagné de critiques dithyrambiques. Le 20 de ce même mois, il débute à la Fenice de Venise dans le Requiem de Mozart, et cinq jours plus tard, il chante la "Création" de Haydn à Perugia. Sa carrière au concert est donc trés riche, mais il a des difficultés à trouver des engagements lucratifs et de premier plan à l'opéra en Italie. C'est en cette fin d'année 1947 qu'il sent pourtant que le déclic va avoir lieu : il revient à Venise en novembre pour la 9eme de Beethoven, et le 30 décembre, il effectue ses débuts à la scène à la Fenice en Roi Marke de "Tristan und Isolde", avec Callas, Barbieri, Tasso et Torres, sous la direction de Tullio Serafin. Ses pressentiments vont se révéler exacts... Le 17/2/1948, Christoff débute au Teatro Verdi de Trieste en Dossifei de "La Khovanchina", et une semaine plus tard en Hagen de "Gotterdammerung". Il reçoit un excellent accueil dans la presse, et on le demande alors pour remplacer Tancredi Pasero, qui vient de déclarer forfait pour un Boris à Cagliari. Le journaliste Corrado Atzeri écrit suite à ces représentations : "C'est une performance historique, appelant tous les superlatifs imaginables. Chistoff a interprété le plus difficile des rôles avec une personnalité remarquable. La scène de la mort fut le point culminant de la représentation, d'une extraordinaire puissance dramatique et avec un chant sublime". Boris Christoff est dés lors considéré comme un des plus grands chanteurs d'Italie. Il chante Dossifei et le Roi Marke au festival du Mai Musical Florentin, et débute aux thermes de Caracalla en Ramfis au mois de juillet. En septembre, il donne "Samson" de Haendel à Perugia, et en octobre son premier Fiesco de "Simon Boccanegra" avec les forces de la radio de Rome. En novembre, c'est à la radio de Turin qu'il chante Kaspar du "Freischutz" face à l'Agathe de Caterina Mancini, et en décembre, il retourne à Florence pour une "Khovantchina" face à Rossi-Lemeni. Le 23 décembre, il débute au Teatro San Carlo de Naples en Oroveso de "Norma" face à Maria Caniglia, Elena Nicolai et Mirto Picchi. Les critiques sont encore une fois excellentes : "Majestueux, d'une grandeur que ce théâtre n'avait pas connue depuis le début de la guerre". Il clôture cette année 1948 le 28 décembre, toujours au San Carlo, avec un "Freischutz". L'année 1949 commence avec la recréation historique de "I Puritani" à la Fenice de Venise, avec une Maria Callas qui apprend le rôle d'Elvira en cinq jours, suite à la défection de Margherita Carosio (cette performance fit à l'époque les gros titres des journaux à travers toute l'Italie, et les commentateurs durent se replonger dans les annales pour retrouver chanteuse ayant pu alterner avec autant d'aisance Brunnehilde de "Die Walkure" et l'héroïne de Bellini). Christoff n'est pas en reste, et fait l'admiration de tous pour l'autorité de son interprétation, et la beauté de sa voix. Le 31 janvier, il est Rocco de "Fidelio" à la Scala, et le 9 février Dossifei face à Rossi-Lemeni, toujours dans le temple Milanais. Fin février, il retourne à Venise pour Dossifei, et revient début mars à la Scala pour le Comte Robinson d'"Il matrimonio Segreto" de Cimarosa, aux cotés de Tito Schipa et Fedora Barbieri. Le public Milanais va encore l'entendre le 22 mars en Padre Guardiano de "La forza del destino", face à Elisabetta Barbato, Giulietta Simionato, Mario Filippeschi et Paolo Silveri. Aprés plusieurs concerts au cours du printemps, il se produit aux arènes de Verone le 21 juillet dans "Lohengrin", avec Renata Tebaldi, Nicolai, Gianni Poggi and Torres. A Salzbourg, il donne le Requiem de Verdi et la 9eme de Beethoven, et début septembre, il chante Seneca dans "L'incronazione di Poppea" à Vicenza (aux cotés d'Hilde Güden), et reprend ce même rôle à Venise le 16. En octobre, il chante son premier Banco dans "Macbeth" pour la radio de Turin. Le 19 novembre, il débute à Covent Garden en Boris, chanté en Russe contrairement aux usages de l'époque. Le chroniqueur du "Times" écrivit que c'était un petit prix à payer face à la finesse de l'interprétation. Un autre article le décrivit comme le nouveau Chaliapine. Le critique Harold Rosenthal écrivit que Londres avait eu le privilège de l'entendre débuter dans le rôle, et qu'il n'avait jamais chanté que Pimène auparavant, ce qui est faux : il n'avait simplement jamais chanté Varlaam (il ne chantera d'ailleurs Varlaam qu'une seule fois dans sa vie, à Copenhague dans une version télévisée en 1971, au cours de laquelle il sera d'ailleurs aussi Boris et Pimène !). Le 25 novembre, il donne la 9eme de Beethoven au Royal Albert Hall, avec pour partenaires E.Schwarzkopf, J. Watson and Schock, sous la direction de Karajan. Il fera son premier enregistrement pour le label HMV durant son séjour Londonien. L'année se terminera par un nouveau triomphe en Boris à la Scala. Le 21 janvier 1950, Christoff se produit à la Fenice dans "Simon Boccanegra", aux cotés de Mancini, Penno et Tagliabue, et donne son premier Méphisto de "Faust" le 4 février. Il termine sa saison Vénitienne le 19 février en Rocco de "Fidelio". Il se rend ensuite au San Carlo de Naples pour un Hermann de "Tannhauser" aux cotés de Renata Tebaldi, Hans Beirer et Tagliabue sous la direction de Karl Böhm le 12 mars, puis à Cagliari pour "Il matrimonio segreto" et "La Khovantchina" à la fin du mois. En avril, il reprend Dossifei à la Scala, puis chante Philippe II dans "Don Carlo" au Mai Musical Florentin le 27 mai, avec l'équipe de rève Caniglia, Stignani, Picchi, Silveri et Neri, sous la direction de Tullio Serafin. Le 15 juin, il est Agammemnon dans "Iphigénie en Aulide" de Gluck à Florence, et à la fin du mois, il se rend à Berne pour "La forza del destino". Il se produira ensuite à la Scala dans la "Missa Solemnis" de Beethoven, la messe en Si mineur de Bach, et le "Deutsches Requiem" de Brahms (avec Victoria de Los Angeles). C'est à cette époque que Christoff fut invité par Rudolf Bing pour ouvrir la saison du Metropolitan Opera de New York avec "Don Carlo". Mais le gouvernement Américain venait tout juste d'adopter le "McCarran Immigration Act", interdisant l'entrée sur le territoire des Etats-Unis aux ressortissants de nombreux pays, dont la Bulgarie. En fait Chistoff était accusé d'être Russe, malgré ses dénégations. L'administration resta inflexible malgré l'intervention de hauts dignitaires. Rudolf Bing, à quelques jours de la première, dut se résoudre à offrir le rôle à Cesare Siepi. Cette affaire prit d'autant plus d'ampleur à New York, que dans l'ambiance de McCarthysme, la production et le livret de "Don Carlo" étaient jugés subversifs, anti-catholique, et pro-communiste par de nombreux politiciens. La tentative d'engagement de Christoff ne fit que mettre de l'huile sur le feu, et de nombreuses manifestations eurent lieu devant le Met avant et durant les représentations ! Christoff ne mettra les pieds aux Etats-Unis qu'en 1956, mais jamais au Met... Cette lamentable mésaventure lui permit cependant d'enregistrer le 20 novembre le rôle de Gurnemanz dans "Parsifal" pour la RAI , avec la phénoménale Kundry de Maria Callas, et Lina Pagliughi qui était une des filles-fleurs. Cette édition, reste une des préférées du chanteur. Le 23 décembre, il chante le rôle de Cerevik dans "La Fiera di Sorocinski" à l'opéra de Rome. En Janvier 1951, Toujours à l'opéra de Rome, il chante Rodolfo dans "La Sonnambula" avec Margherita Carosio et Cesare Valetti. Le 6 février, il enregistre à la fois les rôles de Galitsky et de Kontchak dans "Le Prince Igor" de Borodine, pour la RAI, et à la fin du mois il retourne à Rome pour "Ernani" aux cotés de Mancini, Penno et Silveri. Le 26 février, il redonne "Boris Godunov" à Covent Garden et fait quelques nouveaux enregsitrement pour HMV. En mars il donne "Don Carlo" à Cagliari, en avril Galitsky et Kontchak du "Prince Igor" à la Scala. En mai il chante son premier Procida dans "I vespri Siciliani" dans une spectaculaire production du Mai Musical Florentin, avec Maria Callas en Elena et Enzo Mascherini en Montforte. L'enregistrement de ces soirée fait aujourd'hui référence (malgré quelques réserves sur le ténor Kokolios en Arrigo). Il poursuit sa saison à Florence avec un "Orfeo ed Euridice" de Haydn aux cotés de Callas, avant de prendre un congé des scènes de quelques mois. Le 6 septembre, il se produit pour la première fois au Teatro Municipal de Rio de Janeiro, en Philippe II, et le 16, il est Oroveso face à la Norma de Callas, l'Adalgisa de Nicolai et le Pollione de Picchi. Le 9 octobre, il débute à Anvers en Boris, et le 3 novembre, il est Oroveso de "Norma" à Catane, entouré de Callas, Simionato et Gino Penno. La presse Sicilienne parle au sujet de cette représentation de "version du siècle". Six jours plus tard, il reprend "I Puritani" avec Callas, et se rend ensuite à Florence pour son premier rôle-titre de "Mosé in Egitto", entouré de de Mancini, Carteri et Gustavo Gallo. Le 7 décembre enfin, il ouvra la saison de la Scala en Procida, aux cotés de Callas qui fait ses débuts officiels dans le temple Milanais. Le jour de l'an 1952, il débute en Boris au Liceo de Barcelonne, et le 17 retourne à Rome pour "Der Freischutz" avec Mancini, Simionato et Franco Albanese. Le 21 mars, il enregistre Boris pour la radio de Rome, et le 16 avril il enregistre le "Deutsches Requiem" de Brahms aux cotés de Carteri. Le 27 juillet, il chante son premier "Mefistofele" de Boito en plein air, à l'Arena Flegrea de Naples. A l'automne, il donne "Lohengrin" à Bologne avec Carteri, Nicolai et Penno, puis "Simon Boccanegra" avec Mancini, Penno et Tito Gobbi (il semble que l'ambiance dans cette dernière équipe n'était pas fameuse). Le 14 décmbre, il termine son année à Rome pour Boris. Il redonne une perfomance de Nouvel An le 1/1/1953, toujours en Boris, au Teatro Comunale de Modène. Il donnera d'ailleurs toujours ce rôle de Boris à Venise, Cagliari, Paris et Nice cette année là. Il chante aussi "Faust" à Rimini, "Don Carlo" à Bologne et "Norma" (avec Callas, Nicolai et Corelli) à Trieste ; "Il Giornale di Trieste" dira de lui au sujet de ces représentations : 'Boris Christoff fut d'une autorité incontestable, avec une voix belle et vigoureuse, et une grande dignité dans le jeu'. Sa première représentation de 1954 a lieu à Venise en "Don Carlo", puis il donne le "Faust" de Gounod à la Scala le 13 février avec E.Schwartzkopf, Poggi et Mascherini. En mars, il participe à une production mémorable de "Don Carlo" à Rome, avec Mancini, Nicolai, Corelli et Gobbi. Le 8 juin, il chante Kotchoubei dans "Mazeppa" de Tchaikovski au Mai Musical Florentin, avec Magda Olivero et Ettore Bastianini, puis en juillet il donne Zaccaria de "Nabucco" aux thermes de Caracalla avec Mancini, Albanese et Gobbi. En aout, il est à Naples pour "Aida" avec Anita Cerquetti, Nicolai, Penno et Guelfi, et aussi pour "Faust". En novembre, il chante le rôle d'Ivan Soussanine dans "Une vie pour le Tsar" de Glinka pour la RAI. Enfin en décembre, il donne "Nabucco" et "La Bohème" à Florence. Début 1955, Christoff chante encore Galitsky et Kontchak dans "Le Prince Igor"à Rome, et commence ensuite les répétitions pour une "Medea" de Cherubini, avec Maria Callas, qui fera date par la série d'incidents qui s'y produisirent : tout d'abord, la Divine, en apprenant que Christoff allait chanter Creonte, protesta en indiquant qu'elle aurait du être prévenue plus tôt, et qu'elle aurait fait jouer son droit de veto sur la distribution comme stipulé dans son contrat. Christoff de son coté protesta contre les coupures pratiquées, qui ne lui laissaient plus qu'un tiers de son rôle, et menaça de ne pas chanter si elles n'étaient pas restaurées. Il affirma que Meneghini était derrière tout ça. Meneghini de son coté loua une claque pour troubler les scènes de Christoff, et pour la première du 22 janvier, il y eu ainsi de nombreux sifflets au cours de l'invocation de Creonte. Des bagarres éclatèrent dans le poulailler et l'on dut faire appel à la police pour rétablir un semblant d'ordre. Callas fut elle sifflée à la fin de "Deh tuoi figli". A la fin du deuxième acte, Callas voulut aller saluer seule devant le rideau, mais Christoff lui barra le passage, exigeant qu'ils y aillent à deux ou pas du tout ; finallement, une salve d'applaudissements salua un rideau désert. Le directeur du théâtre du donner l'explication suivante aux reporters et curieux : 'Oh ce n'est rien, juste une guerre Greco-Bulgare !'. Callas se retira alors dans sa loge. Il honorerent cet engagement, mais ne chantèrent plus jamais ensemble par la suite. En cette année 1955, Christoff ajoutera aussi quelques oeuvres de Haendel à son répertoire : "Judas Maccabeus", "Acis and Galatea" et surtout le rôle titre de "Giulio Cesare" (je me permet de donner ici un avis tout à fait personnel sur cette dernière prise de rôle : certes, le mouvement "baroqueux" ayant permis de retrouver des conditions d'interprétation plus proches de l'esprit du 17/18eme siècle n'est intervenu qu'à partir des années 70, mais tout de même ! Cette transposition pour voix grave, interprétée toute en force, sans la plus élémentaire notion de bel canto était à mon avis totalement indigne d'un artiste qui a su montrer par ailleurs tant d'authenticité dans les répertoires Russes ou romantiques Italiens qui étaient vraiment les siens, et je suis toujours surpris que des chroniqueurs puissent la citer en exemple, autrement que comme un "incident malheureux" dans une carrière...). En 1956, il aborde pour la première fois Sarastro à Naples, et Don Basilio à Rio de Janeiro. C'est aussi l'année de ses débuts aux Etats-Unis, qui s'effectuent au War Memorial de de San Francisco le 25 septembre, en Boris. Quelques jours aprés, il donne dans ce même théâtre "Simon Boccanegra", aux cotés de Renata Tebaldi et Leonard Warren. Ces deux opéras furent ensuite donnés à Los Angeles, mais là aussi des incidents se produisirent ; Arthur Bloomfield rapporte : "Quand Christoff arriva, il n'aima pas du tout la production, de plus, il y eu un différent avec Steinberg, qui avait remplacé Matacic dans la fosse, et il quitta la répétition pour s'enfermer dans sa loge. Il assura tout de même les représentations comme prévu". Le 10 décembre, il se produisit pour la première fois à New York aux studios de la NBC, pour un concert aux cotés de Marian Anderson, Victoria de Los Angeles et Richard Tucker. Il reviendra ensuite à Rome pour y donner le 26 décembre "Iris" de Mascagni avec Clara Petrella et Giuseppe di Stefano. Cette soirée a été reportée en CD, et fait toujours référence aujourd'hui. En mai 1957, il débute au Sao Carlos de Lisbonne en Dosifei, et chantera un peu plus tard "Simon Boccanegra" dans ce même théâtre aux cotés de Pobbe, Gobbi et Corelli. le 25 mai, il enregistre "Don Quichotte" de Massenet à Milan avec Teresa Berganza, et en juin, il retourne au Mai Musical Florentin pour "Ernani" avec Cerquetti, Del Monaco et Bastianini. En septembre, il enregistre "La forza del destino" pour la RAI avec Cerquetti, Simionato, Ferraro et Protti. Il retourne ensuite aux Etats-Unis pour ses débuts à New Orleans en Boris, puis pour une série de concerts à Miami, Washington, Philadelphie et Pittsburgh. Le 22 novembre, il débute au Chicago Lyric Opera en Philippe II, aux cotés de Cerquetti, Nell Rankin, Brian Sullivan et Tito Gobbi. Paul Fornatar écrit à son sujet : 'J'ai eu la chance de voir toutes les prestations de Christoff à Chicago. Sublime est le terme qui convient le mieux pour décrire la voix et l'acteur. Il était le rôle qu'il chantait...'. En 1958 se produisit un des épisodes les plus durs de la carrière de Christoff : au cours d'une répétition de "Don Carlo" à l'opéra de Rome, durant l'affrontement Don Carlos/Philippe de l'autodafé, Christoff et Corelli en vinrent à se battre réellement avec leurs épées. Tito Gobbi, qui chantait Posa décrivit la scène en ces termes : 'Ce fut un moment terrible, et je revois Boris, en Roi, croisant le fer avec le jeune Corelli, et les regards féroces qu'ils s'échangèrent avant que je ne m'interpose pour éviter un accident. En me remémorant cette tempétueuse répétition, je ne sais dire si ils étaient simplement pris dans le feu de l'action, ou si une querelle privée les opposait vraiment'. Christoff quitta le théâtre et la production, déclarant que Corelli était dépourvu de toute intégrité artistique. Il fut remplacé par Mario Petri, et le spectacle fut malgré tout un énorme succés. Cette année là, il donna aussi deux de ses plus célèbres représentations, disponibles en vyniles et en CD. A Naples, en mars, il chante "La Forza del Destino" avec Tebaldi, Dominguez, Corelli, Bastianini et Capecchi, et en mai il apparait dans la production historique de "Don Carlo" à Londres, mise en scène par Visconti, avec Brouwenstijn, Barbieri, Vickers et Gobbi. Nick Palmer se remémore : 'J'ai du assiter à une vingtaine de représentations avec Christoff, essentiellement en "Boris" et "Don Carlo". Ses saluts et rappels sont gravés définitivements dans ma mémoire. Je ne l'ai jamais vu saluer autrement que par une légère inclinaison de la tête ; il ne levait jamais les bras. Je ne l'ai jamais non plus vu esquisser un sourire. Même dans la pire cacophonie, il restait impassible, presque arrogant'. Le 2 décembre enfin, il fait ses débuts à Carnegie Hall dans une version concert de "Mosé in Egitto", rôle qu'il reprend le 18 à la Scala. Au printemps 1959, aprés plusieurs "Mosé" à Rome, il retourne à la Scala pour "Une vie pour le Tsar" avec Scotto, Cossotto et Gianni Raimondi, et en juin il donne "Iphigénie en Aulide" avec Simionato, Adriana Lazzarini et Mirada Ferraro, toujours dans le temple Milanais. Il enregistre en aout le Requiem de Verdi à Rome, avec Vartenissian, Cossotto et Fernandi, et en septembre un récital Tchaikovski à Paris. Il termine son années avec un Boris à Londres. En janvier 1960, Christoff est à Philadelphie et à New York pour des concerts, et en février à la Scala pour Boris et "Parsifal". Il chante "Don Carlo" à Salzbourg en aout, et à Chicago en octobre, aux cotés de Roberti, Simionato, Tucker et Gobbi. Des tensions ont lieu entre Christoff et Gobbi (qui étaient beaux-frères) au cours des répétitions et les noms d'oiseaux qu'ils échangèrent furent rapportés par la presse. Mais les représentations se sont déroulées sans problèmes. Le 13 décembre, il donne encore "Don Carlo" à la Scala, avec Stella, Simionato, Labo et Bastianini. Mais un petit nouveau reçoit le rôle du grand inquisiteur : il s'agit de Nicolai Ghiaurov. La tension entre les deux basses fut si vive qu'ils faillirent en venir aux mains plus d'une fois. Il faut savoir que Ghiaurov était à cette époque soutenu par le régime communiste de Sofia, alors que Christoff n'avait même pas pu obtenir un visa pour se rendre aux funérailles de son père, décédé l'année précédente. Au cours des représentation, le public qui n'était pas forcémment au courant de ces faits, était pétrifié par l'intensité du fabuleux duo entre Philippe et l'inquisiteur, qui semblait d'un réalisme inexplicable...La situation devint cependant ingérable, et Christoff déclara que le théâtre n'était pas assez grand pour accueillir les deux hommes, et que l'un des deux devait partir. La direction de la Scala refusa de se soumettre à ces exigences, et proposa à Christoff de passer à la production de "Parsifal" (comme Gurnemanz) dont les répétitions allaient commencer, avec comme partenaires Rita Gorr, Sandor Konya, and Gustave Neidlinger. Ce fut la dernière collaboration de Chistoff avec le temple Milanais. Le 11 mai 1961, il y chanta pour la dernière fois. En aout 1961, il débute au King's Theater d'Edimbourg en Don Basilio, et en septembre, il enregistre "Le Coq d'or" de Rimsky-Korsakov (dans la version italienne "Il Gallo d'Oro") avec la radio de Rome. Il retourne à Chicago en octobre pour "Mefistofele", "La forza del destino" et "Il barbiere di Siviglia", et termine son année à Naples en Philippe II. Il débute au Staatsoper de Vienne en mars 1962 dans "Don Carlo", aux cotés de Serena Jurinac, Simionato, Labo, Eberhardt Waechter et Hans Hotter, et dans ce même théâtre, il donne "La forza del destino" en mai. Il se rend encore à Chicago en octobre pour "Le prince Igor" et "La Bohème", puis en décembre, il chante pour la première fois "Attila" au Teatro Cumunale de Florence. En avril 1963, Christoff débute à Hambourg en Philippe II, et à Genève dans "Faust" au mois de mai. Il passe son automne à Chicago pour "Nabucco", Pizzaro dans "Fidelio" et Don Basilio, et termine une fois de plus l'année à Florence, en Boris. En janvier 1964, il chante Pogner de "Die Meistersinger" à l'opéra de Rome, et aprés des apparitions à Paris et Vienne, y revient en septembre pour "Le prince Igor". On découvre alors qu'il est victime d'une tumeur au cerveau, et qu'il doit être opéré immédiatement. L'opération réussira, mais il fallut attendre plusieurs semaines pour s'assurer qu'il n'y aurait pas de dommages physiques ou psychiques. Ses engagements furent suspendus jusqu'à Noël, et l'on sut à ce moment là que Chrisoff pourrait reprendre une vie normale, et sa carrière. Sa mère lui écrivit de Bulgarie une lettre touchante, lui disant qu'elle pensait que Dieu l'avait pris sous son aile. Il ne faut pas oublier qu'elle était toujours coincée derrière le rideau de fer... Aprés une longue convalescence, Chistoff repris ses activités, à un rythme moindre néanmoins, à partir de 1965, chantant tout de même le requiem de Manzoni, Boris et "Giulio Cesare". Il retourne aux Etats-Unis le 16 mars 1966 pour "Boris Godunov", avec la Boston Opera Company. Les personnes en liste d'attente pour obtenir des billets pour ces représentations se comptaient par centaines. Il chante "Don Carlo" à Paris en décembre. Aprés d'autres concerts à Paris en septembre 1967, sa mère décède, et il reçoit l'autorisation d'assister à ses funérailles à Sofia. En 1968, il chante Bertram dans "Robert la Diable" de Meyerbeer au Mai Musical Florentin, en italien, avec pour partenaires Giorgio Merighi et Renata Scotto, et en décembre il se produit au Drury Lane Theater de Londres dans "Nabucco". Parmi ses autres prises de rôles, on notera "Saul and David" de Nielsen à Copenhague, et "I masnadieri" de Verdi à Rome, en 1972. Il chantera également Enrico VIII dans "Anna Bolena" de Donizetti en 1977, face à la grande spécialiste du rôle titre, Leyla Gencer. Avant de mettre fin à sa carrière à la scène en 1983, suite à un différent avec le metteur en scène sur une production d'"Attila" au Regio de Parme, il se produira encore à Amsterdam, la Hague, Malte, Madrid, Birmingham, Cologne, Munich ou Rekjavik. Il ne faut pas oublier non plus son immense carrière de concertiste, qui constituera un véritable leg à la mélodie Russe, de Moussorgski à Rachmaninov en passant pr Tchaikovski. Il a également beaucoup chanté les compositeurs baroques italiens comme Leonardo Leo, Alessandro Stradella ou Luigi Rossi. Son dernier concert aura lieu le 22 juin 1986 à l'accadémie de Bulgarie qu'il avait fondée à Rome pour y accueillir les jeunes talents de son pays. Il s'éteint à Rome le 28 juin 1993, des suites d'une longue maladie. Il sera inhumé à la Cathédrale Alexandre Nevsky de Sofia, où il avait chanté enfant. La nomenclatura communiste se gargarisa de ce "retour", mais les parents du défunt sifflèrent dans la Cathédrale...Même disparu, Christoff sucitait encore les passions ! L'opéra de Sofia porte aujourd'hui son nom et un concours de chant lui est consacré en Bulgarie. |
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