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MARCEL JOURNET

Basse noble/ Lyric bass


Marcel Journet : Mephisto
Français (né à Grasse, Alpes Maritimes, le 25/07/1868 - Disparu à Vittel le 07/09/1933)
Les sources sur sa formation vocale divergent : on en fait souvent un étudiant au conservatoire de Paris, sous la direction de la basse Louis-Henri Obin, et d'un dénommé Seghettini. Or, si Obin a bien été un des professeurs officiels de cette vénérable institution jusqu'en 1887, Constant Pierre dans son "Le Conservatoire National de Musique et de la Déclamation" (Paris, Imprimerie Nationale, 1900) ne mentionne jamais le nom de Seghettini. De plus, dans le même ouvrage, sont listés tous les lauréats du Conservatoire sur la période concernée, et Marcel Journet n'y figure pas. Une autre hypothèse peut donc éventuellement être émise : qu'il ait effectivement passé quelques temps au conservatoire, puis continué sa formation dans le privé, avec Seghettini...
Le fait de ne pas faire officiellement partie des lauréats du Conservatoire de Paris lui barre dans un premier temps l'accés à des engagements à l'opéra et l'opéra-comique de la capitale. On situe alors ses débuts en 1891, au théâtre municipal de Beziers (Herault), dans le rôle de Balthazar de "La favorite", rôle qu'il reprend à Montpellier en 1893. Il obtient ses premiers engagements significatifs à partir de 1894, à la Monnaie de Bruxelles : il y chante jusqu'en 1899 les rôles de basse dans "Samson et Dalila", "Roméo et Juliette", "Sigurd", "Fidelio", "Lohengrin", "Faust", et "L'Africaine". Le 31/10/1898 il est Fasolt pour la première locale de "Das Rheingold".
Se carrière internationale débute à Covent Garden en 1897, dans le rôle du duc de Mendoza dans l'Opéra "Inez Mendo" de Frédéric d'Erlanger. Il sera par la suite invité chaque dans la maison Londonienne jusqu'en 1907, puis s'y produira en 1909, 1927 et 1928. Il s'y mesure pour la première fois à des basses de premier plan : Edouard de Reszké et Pol Plançon, puis en à partir de 1905, Vanni Marcoux. Ainsi, il doit partager dés 1897 "Les Huguenots" avec De Reszké et "Tannhäuser" avec Plançon. Puis, en 1898, 1903 et 1904 "Faust" avec Plançon et en 1909 avec Marcoux, en 1899 Frère Laurent dans "Roméo et Juliette" avec à la fois De Reszke et Plançon et en 1901/02 avec Plançon, en 1905 Sparafucile dans "Rigoletto" avec Marcoux, en 1907 "La Bohème" avec Marcoux. Son répertoire durant son séjour Anglais comprendra "Il Barbiere di Siviglia" (1903), "La Bohème" (1899/1900, 1902/07), "Carmen" (1903), "Don Giovanni" (1903/06, 1909), "Eugene Onegine" (1906), "Faust" (1898, 1903/04, 1907, 1909), "La Gioconda" (1907), "Henry VIII" (1898), "Les Huguenots" (1897, 1901, 1905, 1909), "Inez Mendo" de Frédéric d’Erlanger (1897), "Loreley" (1907), "Lucia di Lammermoor" (1903, 1907), "Manon" (1903), "Messaline" (1899), "La Navarraise" (1904), "Philémon et Baucis" (1898, 1904), "Rigoletto" (1901/07), "Roméo et Juliette" (1899, 1901/04, 1906), et "Tannhäuser" (1897). Ce n'est qu'à son retour en 1927 qu'il sera la seule basse officielle, avec "Carmen", puis en 1928 avec "Louise" de Charpentier.
Aprés une première apparition à l'opéra-comique de Paris, dans la première locale de "La bohème" en 1898, il entamme en 1900 une collaboration de 8 ans avec le Metropolitan Opera de New York. Il y chantera un trés vaste répertoire comprenant entre autres Marcel et Saint Bris dans "Les Huguenots", le Landgrave dans "Tannhäuser", Méphisto dans "Faust", Claudius dans "Hamlet", Jupiter et Vulcain dans "Philémon et Baucis", Colline et Schaunard dans "La Bohème", Capulet et Frère Laurent dans "Roméo et Juliette", Leporello et il Commendatore dans "Don Giovanni", Sparafucile dans "Rigoletto", Heinrich dans "Lohengrin", le roi dans "Le Roi d’Ys", Escamillo et Zuniga dans "Carmen", Raimondo dans "Lucia di Lammermoor", Don Basilio dans "Il barbiere di Siviglia", le Comte des Grieux dans "Manon", Basinde dans "Maguelone" de Missa, Alvise dans "La Gioconda", Rodolfo dans "Loreley" de Catalani, Fafner dans "Das Rheingold", Garrido dans "La Navarraise", le roi et Ramfis dans "Aida" (le rôle de ses débuts New Yorkais), Ferrando dans "Il Trovatore", le Grand Inquisiteur et le Grand Brahmine dans "L’Africaine", Titurel et Gurnemanz dans "Parsifal" (notamment pour la première américaine -interdite par Bareuth- en 1903), Myrtille et Olimpias dans "Messaline" de De Lara, Lodovico dans "Otello", Oberthal et Zacharie dans "Le Prophète", Tom dans "Un Ballo in Maschera", Narr-Havas dans "Sallambô" de Reyer, ou encore Plunkett dans "Martha"...Au total, 38 rôles pour 225 représentations. Mais il retrouvera encore en face de lui De Reské (jusqu'à son retrait en 1903) et Plaçon. Au départ de ce dernier en 1907, c'est Chaliapine qui est engagé et qui obtient le titre de première basse. En 1908, Journet furieux quitte le Met, sous couvert d'une "maladie diplomatique". Sur le continent Américain, il se produira aussi à San Francisco le 18 avril 1906, jour du grand tremblement de terre, dont il sortira indemne, ainsi qu'Enrico Caruso avec qui il donnait ce soir là "Carmen". Il reviendra aussi à Chicago de 1915 à 1919 (dont en 1917 pour la première de "Gismonda" d'H.Février), puis à Buenos Aires de 1916 à 1918 (dont en 1917 pour la première de "Marouf" d'Henri Rabaud) et en 1923 et 1927.
A partir de son retour en France en 1908, c'est une carrière essentiellement européenne qu'il mène désormais. Il débute au Grand Opéra de Paris le 2/10/1908, dans le rôle d'Heinrich de "Lohengrin", et y chante chaque saison jusqu'en 1914, puis en 1919, 1921-23, et 1926-30. Mais comme à Londres et New York, il doit composer avec les deux basses locales en place : Jean-François Delmas et André Gresse. En 1909 Journet chante Hunding face au Wotan de Delmas dans "Die Walküre", et ne tiendra le rôle du Dieu que l'année suivante. Toujours en 1909 il est Fafner face au Fasolt de Gresse pour la première locale de "Das Rheingold". En 1911, il chante Pogner face au Hans Sachs de Delmas dans "Die Meistersinger", et ne tiendra le rôle principal qu'en 1927. Pour la première locale de "Parsifal" en 1914, Journet sera Klingsor, Gresse Titurel et Delmas Gurnemanz. Journet ne tiendra en fait les premiers rôles qu'à partir de 1919. Au cours de son séjour parisien, il aura aussi l'occasion de se produire dans le cardre des "Concerts du Conservatoire", notamment dans le répertoire d'oratorios comme en 1909 dans "la passion selon Saint Jean" de Bach (avec David Devriès et Charlotte Mellot-Joubert), en 1911 dans "Israel in Egypt" de Haendel (avec Yvonne Gall et Ketty Lapeyrette), ou encore en 1912 dans "L’Enfance du Christ" de Berlioz (avec Auguez de Montalant, sous la direction d'André Messager).
Marcel Journet sera enfin la première basse indiscutée au cours de sa collaboration avec l'opéra de Monte-Carlo, de 1914 à 1920. Il y fait ses débuts le 20 janvier 1914 en Gurnemanz, pour la première locale de "Parsifal" (aux cotés de Félia Litvinne, Charles Rousselière et Alfred Maguenat). Il s'y produit ensuite en 1915 dans "La Vivandière" (avec Marie Delna et Maguenat), dans "Aida" (avec Litvinne, Caruso et Maguenat), dans "Rigoletto" (avec Alice Zeppilli et Caruso), dans "Lucia di Lammermoor" (avec Graziella Pareto et Caruso), et dans "Samson et Dalila". En 1916, il donne "Il Matrimonio Segreto" de Cimarosa, "La Bohème", et crée "La Passion" de Dupuis. En 1917, il se produit dans "Ernani", "Il Barbiere di Siviglia", "Rigoletto" et "Platée" de Rameau. En 1918, ce sont "Rigoletto", "Manon", "Étienne Marcel" de Saint-Saens,"Malone" de Gunsbourg (le 17 mars), "Lucia di Lammermoor", "Il Barbiere di Siviglia" et "King Richard in Palestine" de Balfe. En 1919 "Rigoletto", "Lucia di Lammermoor", "La Bohème", "Ruy Blas" de Marchetti et la création de "Nausicaa" de Reynaldo Hahn (le 14 avril). Cette année là, il entamme aussi une série de prises de rôles dans le registre de baryton avec Tonio de "I Pagliacci" et Scarpia dans "Tosca" (c'est en fait Battistini qui chante la "Tosca" d'ouverture, et Journet les deux suivantes). Il reprend ces deux derniers rôles en 1920, ainsi que "Manon", "Thaîs", "La Bohème", "Roméo et Juliette", "Don Giovanni", "Rigoletto", "Samson et Dalila", et la création mondiale de "Satan" de Gunsbourg le 20 mars. En Novembre 1919, la troupe de l'opéra de Monte Carlo Opera effectue une tournée au Teatro Real de Madrid, pour y présenter "Le Vieil Aigle", une oeuvre de Gunsbourg (qui était directeur de l'opéra Monégasque). Journet s'y produit aux cotés de Madeleine Bugg.
Mais c'est à la Scala de Milan qu'il obtiendra finalement ses plus grands succés. Il y débute le 22 Février 1917 en Alfonso dans "Lucrezia Borgia" (avec Ester Mazzoleni, Alice Gentle et Alessandro Bonci), puis y revient cinq ans plus tard, probablement sous l'impultion d'Arturo Toscanini, pour y chanter Hans Sachs dans "Die Meistersinger" (rôle qu'il reprendra in loco en 1925 et 1928). En 1924, aprés cinq représentation de "Louise", il participe le 1er mai à la création du "Nerone" d'Arrigo Boito, dans le rôle de Simon Mago (aux côtés Rosa Raisa, Luisa Bertana, Aureliano Pertile, Carlo Galeffi/ Benvenuto Franci et Ezio Pinza, sous la baguette de Toscanini). Il reprendra ce rôle pour les reprises de 1926, puis de 1927 (avec Bianca Scacciati et Antonin Trantoul, toujours sous la direction de Toscanini). En 1925 il se produit dans le rôle du père de "Louise" (avec Gilda Dalla Rizza), Golaud de "Pelléas et Mélisande" (avec Fanny Heldy), et "Faust" (avec Yvonne Gall and Trantoul), toujours avec Toscanini. En 1926, c'est Carmen (rôle d'Escamillo, avec Giuseppina Zinetti et Trantoul, mais cette fois-ci dirigé par Santini), "La Khovantchina" (en Dosiffei), et "Pelléas et Mélisande" (avec Toscanini). En 1927, c'est "Faust" (avec Edith Mason et Trantoul, et toujours Toscanini), et en 1928 il conclue sa collaboration avec l'illustre maison Milanaise avec comme cité plus haut "Die Meistersinger" (aux cotés de Mafalda Favero, Aureliano Pertile et Armand Crabbé).
Aprés quelques escapades sur diverses scènes européennes dans les années 20 (dont Budapest, pour "Die Meistersinger" et "Faust"), Marcel Journet revient à Paris en 1928, cette fois ci pour occuper les premiers rôles. Il y donne Wotan dans "Siegfried", Hagen dans "Die Götterdämmerung", participe à la première Parisienne du "Märouf" d'Henri Rabaud (avec Marcelle Denya et Georges Thill), à la création de "La Tour de Feu" de Silvio Lazzari (avec Heldy et Thill, sous la baguette de Ruhlmann), et aussi à la création le 8 Mai 1930 de "La Tentation de Saint Antoine" de Brunel (entouré de Marisa Ferrer, Lapeyrette et Paul Franz, toujours dirigé par Ruhlmann). Aprés une apparition aux arènes de Vérone en 1931, encore une fois en Sachs des "Meistersinger", il donnera sa dernière prestation à Paris avec un Wotan de "Die Walküre" en juillet 1933.
Il disparaitra deux mois plus tard, à Vittel, au cours d'une cure thermale.

La carrière de Marcel Journet aura duré 42 ans, ce qui sans être un record aura quand même été un exploit, car contrairement à la plupart des voix qui perdent leurs aigus avec l'âge, il a su bonifier cette partie de son registre, chantant de nombreux rôles de baryton dans ses dix dernières années. Ezio Pinza, qui était un de ses grand admirateurs, disait de lui : "I have never heard anyone go from high notes to low ones with the ease and sonority of the middle-aged Journet. He was an artist who never stopped growing..." (je n'ai jamais entendu quelqu'un passer aussi facilement des notes aigues aux notes graves en conservant intact son volume, que Journet dans sa maturité. C'est un artiste qui n'a jamais cessé de bonifier...).

DISCOGRAPHIE :
Le nombre d'enregistrements effectués par Journet a été assez impressionant, et on le retrouve sur quantité de récitals, recueils d'airs et compilations diverses. On citera principalement "The Complete Solo Gramophone Recordings 1909 - 1933" chez Marston qui lui est entièrement dédié.
Coté intégrales, on a un "Faust" en 1930 (avec Vezzani, Berthon, Coiffier, Musy, dir. Busser) et un "Roméo et Juliette" en 1912 (avec Affre, Gall, Boyer, dir. Ruhlmann), tous deux chez Malibran.
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Marcel Journet : Klingsor Marcel Journet Marcel Journet Marcel Journet Marcel Journet Marcel Journet